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Jeanbrun : arnaque ou pas ? Les 6 pièges à éviter

La loi est sérieuse. Certaines promesses autour, beaucoup moins.

Par Fred · 7 min de lecture

La plaquette, on la lit à la loupe.
La plaquette, on la lit à la loupe.

La loi Jeanbrun existe bien. Mais une belle promesse commerciale ne transforme pas un achat trop cher en bonne affaire. Je vous montre les six pièges à repérer avant de signer, avec des exemples chiffrés et sans vous vendre du rêve.

Le Jeanbrun est-il une arnaque ?

Non, le dispositif lui-même n’est pas une arnaque. Il permet de déduire chaque année une partie du prix du logement de vos loyers. Cette déduction s’appelle l’amortissement : imaginez une part du prix que vous étalez dans le temps pour calculer vos revenus imposables.

Mais ce n’est pas une réduction d’impôt. Vous ne recevez pas un chèque égal au montant amorti. Et l’avantage dépend de votre situation, du loyer réellement possible et du prix payé pour le logement.

Mon sujet, ce sont donc les raccourcis qui peuvent vous coûter cher. Voici les six que je garderais en tête avant de signer.

Les six pièges à vérifier

1. Se laisser convaincre par un gain « jusqu’à… »

Un chiffre spectaculaire peut être calculé sur une longue durée, avec le taux d’amortissement le plus élevé et le plafond annuel le plus favorable. Ce n’est pas forcément votre cas.

Le plafond de 12 000 € par an concerne le très social, et seulement si au moins la moitié des loyers bruts amortis relève du social ou du très social. En location intermédiaire, le plafond annuel est de 8 000 € par foyer fiscal, pour l’ensemble de ses logements Jeanbrun.

Pour voir l’ordre de grandeur derrière une promesse, faites le calcul affiché : 12 000 € × 20 ans = 240 000 € d’amortissement. Ce résultat n’est pas une somme d’impôt économisée. C’est un cumul théorique au plafond, qui ne dit rien à lui seul de votre impôt réellement évité ni des conditions à respecter.

Le bon réflexe : demandez quelle catégorie de loyer, quel plafond et quelle durée ont servi au calcul. Puis demandez combien il vous resterait réellement à sortir de votre poche chaque mois.

2. Confondre loyer plafonné et loyer possible

Un loyer maximum autorisé n’est pas une promesse de loyer. Si les locataires du secteur ne paient pas ce montant, le plafond ne vous aidera pas à trouver un locataire.

Prenons l’exemple du T2 à Toulouse utilisé dans le simulateur : le plafond affiché est de 773 € par mois, mais le loyer retenu est de 599 €. L’écart est de 174 € par mois. Le calcul tient compte du loyer estimé pour l’exemple, pas seulement du plafond Jeanbrun.

Vous pourriez me dire : « Mais si le plafond autorise plus, pourquoi ne pas demander le maximum ? » Parce qu’un logement vacant ne rapporte pas le loyer espéré. Il faut regarder le quartier, le logement et les loyers réellement envisageables, pas seulement la ligne la plus flatteuse d’un tableau.

3. Acheter trop cher en comptant sur l’avantage fiscal

C’est le piège qui m’inquiète le plus. Une déduction peut alléger l’impôt sur vos loyers, mais elle ne rend pas un mauvais prix d’achat raisonnable.

Le prix pèse aussi sur le crédit, les frais et la revente. Si le logement est trop cher par rapport à ce qu’il peut rapporter et à ce qu’un acheteur voudra payer plus tard, l’avantage fiscal ne bouche pas le trou.

Mon avis : commencez par juger le logement comme un investissement, sans compter le Jeanbrun. Le quartier vous convient-il ? Le loyer est-il plausible ? Le prix vous semble-t-il défendable ? Si la réponse dépend entièrement de l’impôt en moins, prenez le temps de refaire les comptes.

4. Revendre avant les neuf ans

Vous vous dites peut-être : « Et si je dois vendre plus tôt ? » Le Jeanbrun demande de louer le logement nu, comme résidence principale du locataire, pendant au moins neuf ans. En cas de non-respect de l’engagement, les amortissements déjà déduits sont réintégrés dans le revenu foncier de l’année concernée.

En clair, l’avantage obtenu n’est pas acquis quoi qu’il arrive. La reprise porte sur les amortissements déduits, selon les règles prévues. Ce n’est pas forcément une facture identique à chaque dossier, mais cela peut faire mal si vous aviez construit votre budget en oubliant ce risque.

Avant d’investir, demandez-vous si vous pouvez garder le logement et le louer pendant toute cette période. Pour aller plus loin, j’ai détaillé ce sujet dans mon article sur la revente d’un Jeanbrun.

5. Oublier la plus-value à la revente

Autre surprise possible : les amortissements déduits sont retirés du prix d’achat retenu pour calculer la plus-value. La plus-value, c’est simplement la différence entre le prix de vente et le prix retenu pour le calcul de l’impôt. Plus le prix d’achat retenu baisse, plus cette différence peut augmenter.

Dans l’exemple du T2 à Toulouse acheté 220 000 €, le simulateur estime à 24 447 € l’impôt sur la plus-value en cas de revente après quinze ans. C’est un résultat pour cet exemple et ses hypothèses, pas une facture universelle. Mais il rappelle une chose : l’économie obtenue pendant la location ne résume pas le coût fiscal de tout le projet.

Je vous entends déjà : « Alors, l’amortissement ne sert à rien ? » Ce n’est pas ce que je dis. Il peut être utile, mais il faut regarder ensemble l’impôt en moins pendant la location et les conséquences possibles à la sortie.

6. Ne pas regarder ce que vous payez chaque mois

Un avantage fiscal annuel ne paie pas votre crédit tous les mois. Il faut comparer les loyers encaissés, les mensualités, les charges et l’impôt. Le résultat, c’est ce que vous sortez de votre poche chaque mois, même quand le tableau commercial met surtout en avant l’impôt en moins.

Dans l’exemple du T2 toulousain à 220 000 €, avec une tranche d’impôt à 30 % et sans apport, l’effort mensuel moyen indiqué est de 500 € sur neuf ans, après l’économie d’impôt estimée. C’est un scénario de simulateur, pas une prévision garantie pour votre budget.

Vous avez besoin de garder cette somme disponible chaque mois ? Si la réponse est non, le projet n’est peut-être pas fait pour vous, même si l’économie fiscale semble intéressante. Vous pouvez aussi lire mon avis sur le Jeanbrun quand on est dans la tranche à 30 %.

Comment garder la tête froide avant de signer

Je ne vous dirais pas de fuir le Jeanbrun par principe. Je vous dirais de ne pas signer sur la foi d’un seul chiffre. Faites vérifier le loyer possible, le prix, l’effort mensuel et ce qui se passe si vous revendez plus tôt que prévu.

Et rappelez-vous que l’amortissement est une déduction calculée sur les loyers, pas une remise immédiate sur le prix du logement. Si vous voulez comparer avec un projet sans apport, vous pouvez aussi consulter mon avis sur l’investissement Jeanbrun sans apport.

Les montants de Toulouse cités ici viennent d’un cas de simulateur : T2 à 220 000 €, location intermédiaire et hypothèses de financement et de charges propres à ce cas. Ils servent à illustrer le raisonnement, pas à annoncer un prix de marché ou un résultat garanti.

Mon verdict

7/10 pour un acheteur prudent. Le Jeanbrun n’est pas une arnaque, mais les promesses peuvent cacher un loyer trop optimiste, un achat trop cher ou une revente coûteuse. Si vous vérifiez les chiffres et pouvez tenir l’engagement de location, le dispositif mérite d’être étudié. Sinon, il vaut mieux passer son tour.

Pour vérifier votre propre situation, vous pouvez en parler avec un conseiller et lui demander d’examiner le prix, le loyer et ce que vous sortiriez réellement de votre poche chaque mois.

Fred, l’auteur de ce blog (nom de plume). Je décortique le Jeanbrun avec des exemples chiffrés, fictifs mais réalistes. Comment je travaille.

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